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Clermont-Ferrand : le béton étouffe la voix des citoyens

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La bétonisation rampante de la ville est une source d’inquiétude pour de nombreux clermontois qui, à l’heure du réchauffement climatique, souffrent chaque été un peu davantage des ilots de chaleur qui se sont multipliés à Clermont-Ferrand ces dernières années. De nombreux citoyens cherchent à se mobiliser, peu arrivent à se faire entendre.

De nombreuses villes ont changé leur logiciel et agissent de manière déterminée pour se transformer et ainsi résister beaucoup mieux aux fortes températures. Ce n’est pas le cas de Clermont-Ferrand et de sa métropole qui se sont arrêtées en 2013 avec une étude de vulnérabilité du territoire au changement climatique à l’horizon 2050 et 2080. Depuis, les initiatives restent limitées et sans feuille de route, avec pour seul projet emblématique la végétalisation progressive des cours d’écoles et du toit du CCAS.

« Végétalisation avec l’aide de la ville » peut on lire sur cet arbre boulevard Cote Blatin.

Projets immobiliers contre parcs et jardins

La ville ne se prépare pas à des températures qui risquent de continuer à grimper un peu plus chaque année. Pour s’en convaincre, nous sommes allés à la rencontre de clermontois qui se trouvent directement confrontés à un projet immobilier d’envergure. Comment apprennent-ils qu’une maison avec jardin va être détruite au bénéfice d’immeubles ? Comment s’organisent-ils ? Quels dialogues avec les élus municipaux et les promoteurs immobiliers ? Quels résultats ?

La résidence Regens Parc présentée comme « résidence végétalisée »
Immeuble de 5 étages récemment sorti

Ce qui nous a le plus frappé, c’est, qu’à l’heure de la participation citoyenne, les riverains découvrent souvent par hasard qu’un permis de construire a été déposé et va conduire à des modifications majeures de leur cadre de vie. Ils découvrent également que les discussions sont bien avancées entre les élus de la ville et le promoteur qui a déposé la demande de construction. Ces projets se multiplient depuis quelques années dans tous les quartiers de la ville et les promoteurs sont à l’affut de la moindre maison avec jardin qui pourrait se vendre.

Souvent, le permis à peine déposé, la plaquette de présentation du futur immeuble est déjà disponible. C’est ainsi que les riverains découvrent qu’ils vont perdre la vue dégagée sur la ville ou sur la chaine des puys qui faisait la valeur de leur bien. De petits propriétaires, qui avaient acheté leur appartement à un promoteur qui leur vantait la vue sur le Puy-de-Dôme et un parc devant chez eux il y a moins de dix ans, découvrent que le même promoteur s’apprête à commercialiser un nouvel immeuble juste devant chez eux. La plaquette met en évidence la vue sur la chaîne des puys et le parc pour attirer les futurs acquéreurs. Elle oublie de mentionner que le projet prive de vue et de parc les acquéreurs qui avaient été séduits par les mêmes arguments dix ans plus tôt.

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Des collectifs citoyens pour se faire entendre

Le premier réflexe commun à tous les riverains victimes d’un projet est de s’organiser en collectif pour faire entendre leur voix. Quasiment tous les projets donnent lieu à la signature de pétitions qui demandent son arrêt. Les documents sont adressés au maire et il faut de nombreuses relances pour qu’un rendez-vous soit obtenu avec les élus, en général l’adjoint en charge de l’urbanisme. Sans surprise, plus le nombre de signataires est élevé, plus la réunion est facile à obtenir.

Le discours officiel est toujours le même : Reconstruire la ville sur la ville, vous auriez dû participer aux enquêtes publiques sur le plan local d’urbanisme, on ne peut rien faire car c’est dans le PLU. Plus militantes, des remarques sur les multinationales de la construction qui sont si puissantes qu’on ne peut rien faire. Ce type de commentaires est d’autant plus surprenant qu’il vient d’élus de la majorité. Comme si la primauté du politique sur les intérêts privés n’existait plus.

Les représentants des collectifs de riverains ont souvent le sentiment de se heurter à des murs. Le mur des élus de la majorité municipale qui se défaussent de leurs responsabilités sur les promoteurs, parfois sur l’Etat, et vont jusqu’à culpabiliser les citoyens qui ne participent pas aux enquêtes sur le PLU. Le mur des promoteurs qui récitent les arguments marketing contenus dans les plaquettes de vente des futurs appartements. C’est ainsi qu’un grand parc, sur le point d’accueillir des immeubles distants de moins de quinze mètres l’un de l’autre est tel que « à terme, le projet maintiendra le caractère vert de la parcelle et permettra d’apporter des zones de nature supplémentaires pour les habitants. » : Incroyable !

Des victoires possibles

Mais il y a aussi des succès citoyens. Ainsi un projet de construction d’un immeuble dénoncé par les riverains a vu son permis de construire contesté. Le promoteur a renoncé à son projet et à l’acquisition du terrain (Nota : Les acquisitions définitives sont conditionnées à l’obtention de toutes les autorisations de construction sur le site). La maison destinée à la déconstruction a finalement été achetée par un particulier en vue de sa rénovation.

Pas de mobilisation générale

À chaque projet, sa mobilisation citoyenne, son propre combat. Il n’y a pas réellement de mobilisation militante au niveau de la ville. Un groupe Facebook intitulé « Clermont Naturellement Béton » (en écho au slogan de campagne d’Olivier Bianchi) a bien été créé, il y a environ un an, par un certain William Kramps (Pseudonyme). Il regroupe 330 membres et semble se limiter à partager des informations sur les projets immobiliers clermontois.

Groupe Facebook Clermont Naturellement Béton

Pour mieux faire entendre la voix de celles et ceux qui veulent une ville verte, pour peser davantage sur les décisions de la mairie, une fédération des collectifs opposés ne semble pas avoir été envisagée. Elle pourrait organiser au niveau de la ville, voire de la métropole, la résistance systématique face aux projets de bétonisation orchestrés par la mairie. L’union faisant la force, une telle structuration des collectifs donnerait un réel poids pour peser sur les décisions municipales.

Avis aux volontaires pour prendre la tête d’un tel combat…

La rédaction

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2 Réponses

  1. Romain V

    De plus en plus de béton en ville, et pendant ce temps Monsieur BIANCHI bloque les constructions sur les terrains de ses administrés sous prétexte qu’il faut conserver de la nature en ville…

  2. jean yves MASROUBY

    L’article UG 4 (page 55 ) PLU impose ,à tout constructeur , de respecter le COEFFICIENT DE BIOTOPE !

    Je doute ,fortement ,
    – que ces dispositions soient respectées par Messieurs Bouygues , Eiffage et Compagnie .
    – que les Services de Mr BIANCHI contrôle leurs application .

    Voir le projet de l’Hotel Dieu :
    – Est ce que les toitures terrasse sont végétalisées ?
    – le coefficient de pleine terre est ‘il respecté ?

    JY MASROUBY ARCHITECTE

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