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Gratuité des transports en commun : une fausse bonne idée ?

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Dans les transports aussi, on peut mettre la charrue avant les bœufs. C’est un peu ce qu’a fait l’équipe municipale de Clermont en annonçant la gratuité des transports en commun le week-end, à partir du 4 décembre, avant que le conseil municipal de Clermont et le conseil métropolitain aient donné leur aval. Car c’est l’éternel souci avec la soi-disante gratuité. Au final, il y a toujours quelqu’un qui paye. En l’espèce, la note sera divisée entre le SMTC, la ville de Clermont-Ferrand et la Métropole.

L’enfer est souvent pavé de bonnes intentions. Déclarer gratuits les transports en commun soulève toujours un enthousiasme certain si on ne descend pas sous l’écume des vagues. C’est d’ailleurs la ligne éditoriale choisie par La Montagne qui encense le dispositif sans s’interroger sur les raisons qui font que la gratuité des transports en commune est à ce jour restreinte à une poignée d’agglomérations en France.

Le rapport du socialiste Duron contre gratuité

Les fins limiers de notre presse locale auraient quand même pu prendre la peine de lire la synthèse du rapport Duron publié juste avant l’été (NDLR : Rapport à retrouver à la fin de cet article). Philippe Duron, du nom de cet ancien parlementaire et élu local socialiste, particulièrement référencé dans le domaine des transports publics, a remis courant juin au ministre des Transports le rapport de mission que ce dernier lui avait commandé sur le financement des réseaux de province.

Le rapport Duron développe ainsi de nombreux arguments contre la gratuité concept très électoraliste malgré son habillage écologique. Il va même jusqu’à préconiser de « punir » les collectivités locales qui choisiraient la gratuité et un plafonnement du Versement Mobilité acquitté par les entreprises pour financer leurs réseaux de transports.

Un motif social qui ne tient pas

La gratuité in fine ne constitue ni plus ni moins qu’un report de charges de l’usager sur le contribuable. Il prive surtout les réseaux de recettes au moment où ceux-ci en ont besoin pour investir et améliorer la qualité de service. Quant au motif social mis en avant, il ne tient pas. Dans le cas du SMTC, il existe déjà des tarifs sociaux qui frisent la gratuité, sans avoir il est vrai le caractère automatique et sans efforts en termes de démarches que cette gratuité annoncée pour tous vient corriger.

La « gratuité » est avant tout un moyen destiné à donner un coup de fouet à de petits réseaux de bus en déclin de fréquentation mais n’est soutenable que dans des petites villes aisées disposant de ressources fiscales disproportionnées par rapport à leur taille comme Dunkerque, Libourne ou Niort…

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Remonter la part des usagers dans son financement pour améliorer la qualité du service

A l’inverse à Lyon, le Systral a progressivement remonté la part des usagers dans son financement, de 30% à près de 60% sans protestations. Il l’a fait pour améliorer la qualité du service tout en instaurant des tarifs sociaux afin de permettre l’accès de tous.

C’est au fond la vraie question pour les transports en communs Clermontois confrontés à une qualité de service discutée que sur le papier Inspire devrait relever. Une nouvelle fois a-t-on mis la charrue avant les bœufs ? Il y a en tout cas pour le contribuable quelque chose d’incongru à voir le SMTC réclamer et obtenir une enveloppe de 21 millions d’euros de l’État pour réaliser Inspire pour, dans la foulée, proclamer la gratuité les week-end et renoncer à des recettes. Espérons pour le moins que cette « gratuité » partielle donnera lieu à une évaluation solide, sur la fréquentation, sur l’impact au niveau du commerce de centre-ville mais aussi, sur les origines géographiques et sociales des bénéficiaires.

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Le rapport Duron

La mission a été confiée à Philippe DURON par le ministre délégué chargé des transports porte sur l’analyse des conséquences de la crise du COVID sur les transports publics. Son objet, relatif initialement aux transports en commun urbains en région, a été élargi en Janvier 2021 aux transports, notamment ferroviaires, sous la responsabilité des Régions. Il s’agissait d’examiner aussi précisément que possible les impacts à court terme (2020 et 2021) de l’épidémie, et notamment de vérifier le caractère approprié des mesures de soutien qui ont été prises, et, en se projetant sur l’avenir, de proposer des mesures propres à consolider leur modèle économique, dans un contexte d’incertitude sur les comportements de mobilité.

CONSULTER LE RAPPORT DURON

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